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Iran: grève des camionneurs. une énième contestation politique!

PAR P MAUREL BLOG : LE BLOG DE P MAUREL
Une grève des camionneurs touche actuellement l’Iran, depuis quelques semaines, au point de paralyser l’activité économique du pays. Ces revendications des chauffeurs routiers, font suite en Janvier dernier à un mouvement de contestation sans précédent de la jeunesse iranienne. Le Rassemblement de Villepinte, le 30 Juin prochain, fera le point sur la situation en Iran.

Depuis la dernière semaine de Mai, une grève des camionneurs, très dure, touche l’Iran, et s’étend progressivement sur plusieurs centaines de villes. Les routiers se plaignent de la faiblesse de leurs salaires, des coûts de maintenance élevés pour l’entretien de leurs véhicules, de la diminution du poids total de marchandises autorisé sur leur véhicule. La plupart des chauffeurs routiers, en Iran, sont des transporteurs indépendants, et s’endettent lourdement pour acheter leur camion. Ils demandent au gouvernement une augmentation de 40 pour cent de leur salaire. Celui commence à céder progressivement à leur revendication par peur de la contagion de la contestation, les stations d’essence commençant à être complètement vides, et les files d’attente s’allongeant de manière inquiétante. L’armée a dépêché sur les routes quelques uns de ses véhicules pour tenter de s’interposer, face au mouvement de grève, et l’on craint une reprise en main ou une répression de ce mouvement social par le régime.

Au mois de Janvier dernier, déjà, un fort mouvement de contestation sociale, touchant toutes les catégories de la population, et notamment la jeunesse iranienne, parti de Maschad, ville de province où se trouve à la fois la mausolée de l’Imam Réza, et l’une des plus riches fondations religieuses, celle d’Ebrahim Raissi, ancien candidat conservateur à l’élection présidentielle contre Rohani, en 2017, s’était étendu à de très nombreuses villes de province, et avait même touché la capitale Téhéran. Du jamais vu depuis le printemps de 2009, au cours duquel, la mobilisation avait été moins importante, et ne touchant qu’une fraction plus aisée de la classe moyenne de Téhéran, pour contester le résultat de l’élection présidentielle d’alors. Cette fois, le mouvement de contestation, en janvier dernier était plus général, visant à protester contre les conditions économiques désastreuses en Iran, l’augmentation du coût de la vie, comme la hausse du prix des denrées alimentaires de base, ou du prix du gaz et de l’essence. Par ailleurs, la banqueroute de certaines banques, contenant, pour certaines, des actifs pourris, avait fait perdre aux iraniens une partie de leurs économies, rendant encore plus virulente et plus évidente leur colère et leur mécontentement, sur fond d’appels à manifester, par le biais de réseaux sociaux, comme Télégram. Au cours de ce mouvement social, les iraniens avaient également reproché au gouvernement son implication dans les guerres en Syrie et aux Yemen, ou bien le financement de riches fondations religieuses de dignitaires religieux, au détriment notamment d’allocations sociales, dont bénéficiaient avant 20 millions d’iraniens, et qui venaient d’être supprimés.

Certes, la signature d’un accord sur le nucléaire iranien, signé en 2015 par 6 pays, avec la République Islamique, au nom de l’ONU (Chine, Russie, Etats Unis, France, Grande Bretagne, Allemagne), avait permis d’espérer voir se desserer l’étau des sanctions économiques, touchant le pays depuis 2006, aboutissant à une quasi asphyxie de la République islamique, opéré alors par les européens et les américains: il est vrai que ces sanctions touchaient aussi bien les biens que les services, ainsi que la vente de pétrole, de gaz, que les avoirs financiers des principaux dirigeants, ce qui affectait lourdement l’économie du pays, quand on sait que celle-ci est aux mains essentiellement des Gardiens de la Révolution, en Iran. Pourtant l’El Dorado économique attendu espéré par la levée partielle des sanctions, en 2015, et la reprise de vente de pétrole, le dégel des avoirs des dirigeants iraniens, et l’installation en Iran d’une soixantaine d’entreprise française et/ou européenne, depuis 2015, dans la République islamique, contre le contrôle strict de l’enrichissement de l’uranium à 3,5 pour cent, cet El Dorado espéré n’a pas eu lieu: des sanctions américaines partielles sur les économies des pasdarans, ont été entretemps imposées par le Congrès américains. La teneur des investissements et des échanges commerciaux entre les occidentaux et la République Islamique d’Iran ont été légèrement revues à la baisse: en cause, une divergence sur le régime d’inspection des centrales nucléaires iraniennes par l’AIEA. Depuis des divergences importantes sont apparues entre le gouvernement américain, par la voix de son secrétaire d’Etat et de son président, partisan de sanctions totales contre le régime de Téhéran, à cause des nombreux contentieux politiques en cours en Iran, et les pays européens qui tout en soulignant leur préoccupation et la dangerosité du régime de Téhéran (utilisation de missiles balistiques contre certains pays du Moyen Orient, fuite en avant militaire en Syrie et en Iraq, en soutien à Bachar El Assad et aux milices chiites en Irak, notamment), souhaitaient maintenir cet accord sur le nucléaire iranien, et éventuellement compléter les discussions avec l’Iran sur le règlement d’autres questions politiques, comme la question du terrorisme au Moyen Orient. Les entreprises européennes, face à l’intransigeance de la nouvelle administration américaine, qui s’ingère sans vergogne dans les affaires de l’Iran, risquent fort de devoir plier et se retirer d’Iran, pour ne pas subir de lourdes sanctions de la part des autorités américaines: ainsi Peugeot Citroen et Total ont prévu de retirer totalement leurs activités, d’ici le mois de Novembre, ce qui rendra encore plus problématique la situation des dirigeants iraniens, condamnés à subir un mécontentement de plus en plus important de sa population, face au marasme catastrophique de son économie, et son asphyxie évidente.

Le 30 Juin prochain, se déroule à Villepinte le grand rassemblement de la diaspora iranienne, dont la principale composante se trouve être l’OMPI: vous aurez l’occasion d’échanger vos idées sur la laicité, l’égalité hommes/femmes, la fin des discriminations, ethniques, religieuses, sexuelles, la lutte contre l’intégrisme, les questions de géopolitiques internationales, et le problème de l’écologie et de l’accès à l’eau notamment, qui touche également l’Iran, de plus en plus fortement, et la perspective d’une alternative possible au régime politique en place actuellement à Téhéran.

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adcali.com 7 JUIN 2018

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