Sakineh, accusée ou plaignante de Samar Azad

 

 

 

Dans les eaux troubles du système des mollahs, il n’existe aucune limite officielle ou connue, que ce soit dans le domaine de l’humanité ou encore du comportement à adopter en société, ainsi je suis persuadée que les premières victimes de ce désordre sont avant tout le droit et la justice.

 

Je dois dire que trois décennies ont passé, le peuple iranien a eu le temps de découvrir de ses propres yeux la figure répugnante de la République Islamique d’Iran. Ce pouvoir judiciaire, à contre-courant de la justice même, piétine leurs droits les plus fondamentaux, détruit l’estime qu’ils peuvent avoir d’eux-mêmes, et de générosité qu’ils peuvent avoir à l’encontre de l’autre.

 

De la peine de mort appliquée par un père sanguinaire à l’encontre de ses propres enfants, pour l’appartenance à un mouvement politique opposant, à l’instar du mollah Mohammadi-Guilani, ou encore de l’arrestation faite par un père à son fils, c’est ce que l’on peut appeler la « facette nationale des mollahs ».

 

Il existe malheureusement d’autres exemples, comme le criminel Mollah Hassani, apaisé par l’exécution de son fils, ou le barbare Mollah Janati qui n’a pas manqué de rendre louange à Dieu en célébrant la mort de son fils, opposant politique, ou bien encore la torture d’une sœur, par un frère… De même que les mises en scènes télévisées des années 80, montrant des mères reniant leurs enfants prisonniers ou morts, enfin si on peut les nommer mères, pères, frère etc…

 

Ainsi, durant toutes ces années, nous avons également été témoins des aveux télévisées de bien des personnes. Toutes ces innombrables mises en scènes choquantes  avaient pour but de rabaisser les personnes à l’antenne, mais d’un autre côté, elles démontraient aussi la faiblesse ainsi que la perte de ce régime, et plus spécifiquement de son pouvoir soi-disant judiciaire.

 

En effet, nous avons assisté à des choses inimaginables dans le tumulte et la mesquinerie des mollahs, pendant toutes ces années. Le « Goebbels » de la propagande de la République Islamique d’Iran, a exposé au peuple iranien et au monde tous ces aveux télévisés en masse.

 

 

Cependant les événements relatifs au cas de Sakineh Mohammadi-Ashtiani relève de tout autre chose. Sans doute, est-elle la première accusée, jugée ainsi à la télévision iranienne, non pour un délit politique mais en tant que délinquante relevant cette fois des « mœurs ». De même que son courageux avocat qui a d’une certaine manière condamné le régime à la lapidation, de par toute l’information qu’il a fait circuler à travers le monde pour tenter de la sauver.

 

Lors de sa mise en scène télévisée,  cette pauvre femme, se positionne à la place du juge, puis réponds à ses propres accusations et décrit son crime.  Elle a donc le rôle du juge qui condamne ainsi que de l’accusée qui confesse ses « crimes ». Ainsi, elle est forcée à rendre sa propre sentence. Le régime iranien ne respecte même pas sa propre juridiction, cela pour émettre le plus horrible des châtiments, la pire sorte d’exécution, à savoir la lapidation. Ensuite, le plus étonnant est que les membres de sa famille sont aussi priés de confirmer qu’elle mérite un tel jugement.

 

 

Par ailleurs, la pièce de théâtre continue lorsque les mollahs demandent la confirmation de cette sentence par la population iranienne, représentée par les Bassidji, qui en bons mandataires du régime iranien acquiescent cette peine capitale à la télévision iranienne. En fait,  cette manière dont les mercenaires du régime lui rendent service, relève vraiment d’un genre nouveau.

 

Au milieu de toute cette mascarade, il faut néanmoins constater l’absence des deux enfants de Sakineh, à savoir Sajad et Faride, qui n’ont pas participé à cette démonstration honteuse. Ils ont défendu courageusement leurs mères, en publiant cette lettre pleine de détresse à l’attention de la communauté internationale, dénonçant l’injustice faite à leur mère :

 

« Aujourd’hui j’implore le monde entier, cela fait cinq ans que nous sans vivons sans l’amour de notre mère et dans la peur perpétuelle. Le monde est-il si cruel, pour fermer les yeux sur un tel désastre et passer outre ? Nous sommes les enfants de Sakineh Mohammadi-Ashtiani. Faride et Sajad Mohammadi-Ashtiani. Depuis l’adolescence, nous vivons avec cette douleur, notre mère est en prison et nous sommes dans l’attente de cette catastrophe. En réalité, le mot lapidation est d’une telle violence, cela nous procure une peur tellement effroyable que nous essayons de ne jamais l’employer. Nous affirmons que notre mère est en danger, notre mère peut être tuée, notre mère espère de l’aide de tous. Aujourd’hui pratiquement toutes les voies sont sans issues et son avocat affirme qu’elle est en réel danger. Nous avons recours à vous. Nous demandons l’aide du monde entier. Peu importe la couleur de votre peau, le pays ou la ville où vous résidez, à vous le peuple iranien, à tous ceux qui ont ressentis cette blessure, cette peine, vous savez combien l’exécution d’un proche est horrible, nous implorons votre aide, aidez-nous à ramener notre mère à la maison. Nous supplions particulièrement les Iraniens à travers le monde, aidez-nous à ce que cauchemar ne devienne pas réalité. Aidez-nous à ce que notre mère retrouve la liberté. Les instants, les secondes de notre vie sont très difficiles à vivre. Les mots perdent de leurs sens, face à cette horreur… Aidez-nous à sauvez notre mère, écrivez des lettres aux gouvernants pour demander sa libération, dîtes qu’elle n’a aucun plaignant en particulier et qu’elle n’a rien fait de mal. Notre mère ne doit pas être tuée. Y-a-t-il quelqu’un pour nous entendre et nous aider ». Faride et Sajad Mohammadi-Ashtiani

 

Aujourd’hui, contrairement aux propos de Faride et Sajad Mohammadi-Ashtiani, Sakineh a maintenant un plaignant, qui n’est autre qu’elle-même. D’après les déclarations de son avocat, c’est battue et anéantie qu’elle a été contrainte à ces confessions. Aussi, son avocat, Mohammad Mostafai, a rendu légitiment public le dossier de cette femme prisonnière, au point qu’il a lui-même été contraint de fuir à l’étranger puis a demandé l’asile politique.

 

Un journaliste français relate que, lors d’une conférence de presse, Mohammad Mostafai a fortement critiqué et dénoncé le régime iranien à ce sujet, puis a déclaré que c’est sous la pression que sa cliente a été contrainte de faire de tels aveux.

 

Le Times, dans son édition du 13 août 2010, a nommé cette affaire “la mauvaise manipulation de la justice en Iran”.

 

Dans le même temps, Libération a rapporté à ce propos, qu’en prenant en considération le passé de la République Islamique d’Iran dans la manièrede faire afind’obtenir de tels aveux télévisés, et en dehors du caractère mensonger de tout cela, peut-être que les aveux forcés de Sakineh Mohammadi-Ashtiani ont pour but une lapidation programmée.

 

Alors que Le Monde a très bien imagé cette sentence du régime iranien, à travers cette caricature.

 

Ce qui touche aussi, dans ce triste événement, c’est la lapidation de la justice dans cet Iran captif, par des criminels qui font au nom de la justice une victime de la justice. Sakineh n’est pas une exception, malheureusement nous n’en sommes pas aux prémisses de la lapidation en Iran, en réalité c’est la justice qui une fois de plus est condamnée à l’abattoir par ces réactionnaires au pouvoir.

 

En fait, d’une certaine façon, Sakineh est une accusée, qui avant même l’application de sa peine, lapide ceux qui l’ont jugé de par les fortes résonances médiatiques ainsi que les condamnations de l’opinion publique, concernant la mise en scène de ses aveux forcées, que cela soit au niveau des condamnations officielles des Etats, ou des articles dans la presse mondiale.

 

 

C’est de cette manière, que lors de cette bouleversante mise en scène, elle a lancé la dernière pierre au cadavre de la justice iranienne.

 

Un proverbe iranien dit que lorsque l’on se fait du mal à soi-même, il n’y a pas forcément de solution. Aujourd’hui ce régime est noyé dans ses propres marécages, avec son mode de gouvernance honteux, non seulement il n’a  aucun principe d’humanité et n’a pas un minimum de bonne conduite, bien au contraire chacune de ses actions l’enfonce un peu plus dans son bourbier et affaiblit un plus ses fondations.

 

0 replies

Leave a Reply

Want to join the discussion?
Feel free to contribute!

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *